«Une
personne mythomane se fait passer
pour ma fille Sarah sur un skyblog.»
Les mots qui font mal
Sur le site officiel de Sarah, cette photo montrait ses liens d’amitié avec
Christine Masson, directrice de l’Ecole Freedance à Genève,
sa «prof préférée». Dans le blog incriminé,
la légende de cette photo affirmait rien moins que le décès
de la directrice…
Destin
Le 6 février
2004,
le décès de Sarah a suscité une immense émotion
en ville de Genève.
Un
blog de mauvais goût ressuscite
Sarah Stragiotti
Usurpation
Le site consacré à la mémoire
de Sarah Stragiotti, danseuse genevoise
décédée, a été détourné par
un blog. Choquée moralement,
sa mère a réagi. Par
Eric Felley.
«Quelqu’un
a voulu profiter de la beauté de
ma fille…» La Genevoise
Yvette Stragiotti a du chagrin dans
la voix. Un ou une inconnue a détourné les
images du site érigé en
mémoire de sa fille Sarah
décédée le 6
février 2004. La jeune fille
a été en quelque sorte «ressuscitée» sur
un blog du serveur français
Skyblog avec un autre nom et une
autre histoire.
Pour mémoire, le 6 février 2004, vers une heure trente du matin,
Sarah Stragiotti, s’était engagée sur un passage pour piétons
du boulevard Georges-Favron à Genève. Au volant d’un scooter
Yamaha, un employé de commerce de 35 ans rentrait d’une soirée
arrosée en boîte. Il n’a pas freiné, ne l’a
pas vue. Projetée à terre et grièvement blessée,
la jeune femme n’a pas survécu. Elle aurait eu 21 ans ce 21 juillet.
Le chauffard ne l’a pas secourue. Au contraire, il a pris la fuite, a
téléphoné à la police pour signaler le vol de son
engin, mais a rapidement été confondu. En mai dernier, il a été condamné à 2
ans de prison.
Pour
les fans Sarah Stragiotti avait
toute la vie devant
elle. Danseuse de hip-hop oriental
aux longs cheveux bouclés,
adepte des arts martiaux, poétesse à ses
heures, elle avait de nombreux amis,
que ce drame a profondément
affectés. En mai 2004, sollicitée
par certains d’entre eux, sa
mère Yvette décida
de créer un site internet,
où la mémoire de sa
fille serait entretenue par des photos,
des vidéos, des poèmes
et des forums, consacrés pour
la plupart à un message de
paix dans le monde. «Nous avons
débuté avec les galeries
de photos, explique-t-elle. Une fois
que j’ai compris comment faire,
je n’ai plus cessé.
J’ai passé des mois à faire évoluer
le site page après page, et
les week-ends, et bien des nuits
blanches. Il est devenu ma thérapie,
je dirais même mon troisième
bébé. J’ai besoin
de le chouchouter, de lui donner
toute ma tendresse, tout mon amour.»
Le
site connaît
un succès grandissant chez
les amis et dans d’autres cercles.
De 2346 visiteurs en août 2004,
il est passé à 19 700
en juin dernier. Sa notoriété a
cependant un revers inattendu. L’ensemble
des photos présentées
est téléchargé par
une personne inconnue («vanessbrazil»)
qui crée le 21 mai 2005 un
blog sur le site français
de Skyblog. Sarah Stragiotti devient «Sarah
la Brésilienne», qui
se présente ainsi: «Salut
tout le monde, c’est moi Sarah
la Brésilienne, j’habite à Vénissieux
dans le Rhône, j’ai 21
ans, je vous laisse découvrir
ma petite vie, voilà, lâchez
des commentaires, cela me fera plaisir…» Les
personnes (frère, famille,
amis ou professeur de danse) figurant
sur les photos du site original prennent
une nouvelle identité. Le
petit ami Francesco devient Jonathan,
le petit frère Yannic devient
Enzo, deux ou trois histoires (sans
grand intérêt, il faut
le dire) sont rajoutées sous
forme de légende. Ce nouveau
contenu n’est pas bien méchant.
Mais, de toute évidence, une
personne mythomane s’est appropriée
les images de la défunte pour
en faire une autre histoire de vie.
Certes,
Yvette aurait dû protéger les photos,
mais elle a voulu créer un
site ouvert où tout le monde
pourrait obtenir gratuitement des
clichés pour créer
justement des blogs qui «racontent
avec amour le vécu de Sarah,
le vécu direct dans les cours
de danse, aux spectacles ou simplement
des hommages à leur amie».
Mais, mercredi 13 juillet au soir,
alertée par une internaute,
sa mère est sous le choc de
cette usurpation. Elle lance un appel
au secours sur le net à ses
proches correspondants: «Une
personne a fait un skyblog et se
fait passer pour ma fille Sarah.
Elle a publié toutes les photos
de Sarah, ses amis et la famille.
C’est vraiment honteux! Que
puis-je faire? Où est donc
le respect?» Réponses
et conseils ne se sont pas fait attendre.
On lui explique qu’elle «peut
porter plainte auprès du procureur
de la République». Ou
que «si vous ne connaissez
pas l’auteur de l’infraction,
vous pouvez porter plainte contre
X». Rien que de très
ordinaire en pareil cas.
Réaction
rapide de Skyblog Parant au plus
pressé, Yvette intervient
en priorité par e-mail auprès
de Skyblog, qui réagit très
vite. Le site est fermé le
lendemain 14 juillet avant 10 heures: «Attention,
est-il dès lors écrit à l’adresse
incriminée, ce blog a été désactivé.
Il ne respectait pas les conditions
d’utilisation du site.» Pour
la mère, c’est un soulagement,
mais des questions restent ouvertes,
notamment sur l’identité de
l’usurpatrice ou de l’usurpateur,
qu’il sera de toute évidence
difficile de démasquer étant
donné le principe d’anonymat
qui régit les blogs. Yvette
s’est adressée à la
police genevoise dans l’intention
de porter plainte. Mais la réponse
a été nuancée
quant aux chances de succès.
Elle aurait pu aussi dénoncer
les faits au procureur général,
mais estime que la fermeture du site
suffit à apaiser sa colère
et ne veut pas se lancer dans une
procédure judiciaire. Néanmoins,
elle a tenu à alerter l’opinion
sur ce type de pratiques.
Précisons
que les conditions d’utilisation
de Skyblog sont plutôt draconiennes
en terme de droits: «Toute
représentation ou reproduction
intégrale ou partielle, faite
sans le consentement de l’auteur
ou de ses ayants droits est illicite.» Ou
encore: «L’abonné s’engage à respecter
les lois et réglementations
en vigueur et à n’utiliser
que des contenus (textes, photos)
dont il dispose des droits, pour
lesquels le titulaire des droits
a donné son consentement exprès
pour sa diffusion, ou libres de tout
droit.» Dans le cas présent,
la fermeture immédiate du
site s’est avérée
la solution la plus efficace. Pour
les proches de Sarah, le site officiel
a retrouvé ses droits.
Collaboration :
Denis Etienne

Hebdo
21 juillet 2005 - voir l'article
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