Le
scootériste
qui a tué une jeune danseuse
de 20 ans en février 2004
alors qu’il roulait sous l’emprise
de l’alcool a été condamné à deux
ans de prison ferme par le Tribunal
de police de Genève. Il devra
en outre verser environ 70 000 francs à la
famille.
Dans un jugement communiqué hier, le tribunal a reconnu l’inculpé coupable
d’homicide par négligence, d’infraction à la loi
sur la circulation routière et de délit de fuite. L’accident
avait choqué à Genève. Le scootériste, après
avoir fauché la jeune danseuse au talent prometteur, avait pris la fuite.
Dans leur verdict, les juges ont suivi la peine requise fin avril par le Ministère
public du canton de Genève. Pour Me Anne Reiser, avocate du prévenu, «il
s’agit d’une peine lourde, et l’impact médiatique
de l’affaire n’y est sans doute pas étranger».
Lors de son procès, l’accusé avait reconnu avoir «agi
comme un monstre». Après le choc, ayant compris qu’il avait
tué la jeune fille, il s’était enfui avant d’appeler
la police pour se plaindre du vol de son scooter. Ce n’est que tard dans
la nuit, confronté à des preuves irréfutables, qu’il
avait avoué être le conducteur du véhicule. Le soir de
l’accident, l’inculpé revenait chez lui après une
soirée bien arrosée.
Son alcoolémie affichait 1,2 à 2 pour mille, selon les experts.
Il roulait trop vite. Il affirme n’avoir pas vu la jeune fille qui traversait
le boulevard Georges Favon sur un passage piéton. Son avocate l’a
décrit comme un enfant gâté, couvé par ses parents,
qui n’avait jamais eu à faire face. (ats)

Palais
de Justice
Tribunal de Police
Au
centre, l'accusé.
Derriere lui, l'avocat de la
partie civile, Me Olivier Boillat.
Au premier plan à droite,
Me Anne Reiser, avocat de la
défence. Dans le public,
les nombreux amis de Sarah.
Dessin: Patrick Tondeux

" Tribune
de Genève " - 30
avril 2005
Le
chauffard qui a tué Sarah
explique sa fuite
Procès
Le Parquet demande deux ans de
prison ferme.
CATHERINE FOCAS
Ils étaient
tous là, ses parents,
ses amis. Le Tribunal de police était
plein de jeunes gens, hier, à l’occasion
du procès qui retraçait
la mort tragique de Sarah, 20
ans, fauchée par un chauffard
une nuit de février 2004 à l’angle
du boulevard George-Favon et
de la rue du Stand (nos éditions
de jeudi).
«Je travaille
depuis cinq ans à la Brigade
de la circulation routière,
j’ai vécu six accidents
mortels, mais je n’ai jamais
vu une attitude pareille, dit
un gendarme à la barre
des témoins. La plupart
des gens restent sur place effondrés,
ils pleurent, ils tremblent.
J’ai été frappé par
le détachement du prévenu.» Ivre,
ce dernier a percuté de
plein fouet sa victime, une jeune
danseuse, avec son scooter Yamaha
pesant 300 kg. Il l’a abandonnée
agonisante, mais il a pris la
peine de déplacer son
engin à 150 mètres
de là. Puis il est revenu
sur les lieux du drame pour chercher
son natel.
«J’entendais
un râle et une respiration,
témoigne un homme qui
s’était agenouillé à côté de
la mourante. Je lui ai massé les
pieds et je l’ai recouverte
avec ma veste…» Le
père de la défunte
l’interrompt: «C’est
toi qui as fait ça? Je
te remercie.» Le témoin
poursuit: «Le conducteur
est revenu tranquillement chercher
quelque chose. Il ne s’est
jamais préoccupé de
la victime. Lorsque quelqu’un
l’a interpellé,
il a pris la fuite.» Sur
ce point, les témoignages
effarés convergent.
C.
36 ans, a menti durant les
deux premiers
interrogatoires de la police.
C’est seulement lors de
sa troisième audition
menée par le directeur
du groupe d’enquête
qu’il a enfin craqué.
Le gendarme explique: «Je
lui ai dit que, même sans
aveux, j’avais suffisamment
d’éléments
pour le confondre. Mais pour
lui, il était important
de dire ce qu’il avait
sur la conscience.» C’est
ce qu’il a fait. L’accusé est-il
un monstre froid? Hier, devant
les juges, il a analysé son
attitude: «Je n’ai
aucun souvenir d’avoir
vu traverser Sarah. Lorsque j’ai
aperçu son corps, tout
petit contre le mur, j’ai
su que je l’avais tuée.
Je ne pouvais pas la regarder.
Je n’avais qu’une
envie: fuir la réalité,
me cacher, disparaître.
J’ai menti très
longtemps. Aujourd’hui,
j’aurais préféré avoir
eu les deux jambes arrachées
lors de cet accident plutôt
que d’avoir fui. Je vivrai
toute ma vie avec la conscience
d’avoir tué quelqu’un
de magnifique.» Les parents
dévastés Le père
du prévenu, choqué par
l’attitude de son fils,
l’a licencié de
l’entreprise familiale. «Pour
un père, c’est agréable
lorsqu’un fils continue
son affaire. Mais j’ai
compris que je devais le faire
afin qu’il devienne un
homme responsable.» Dévastés,
les parents de la victime précisent
qu’ils ne veulent pas faire
de cette audience «le procès
de la haine». «C.
a de la chance d’avoir
en face de lui deux parents qui
ne tiennent pas à lui
rendre la vie infernale, souligne
le père, mais son attitude
après l’accident
m’a dégoûté.» Il
parle tendrement de Sarah, «sa
puce» attachante et tellement
vivante. La mère évoque
ce décès comme «une
bombe» dans sa vie. Quant
au jeune frère, il ne
réussit pas à s’en
remettre.
Jugement
rendu ultérieurement Me Olivier
Boillat, l’avocat de la
partie civile, souligne la lâcheté du
prévenu. A la défense,
Me Anne Reiser, demande une peine
avec sursis. Quant à la
substitute, Brigitte Monti, elle,
réclame deux ans de prison
ferme. Le jugement sera rendu
ultérieurement.
" Blick " -
2 mai 2005
GENF
- Tänzerin von Betrunkenem
totgefahren
Fredy Herren
Tänzerin
Sarah Stragiotti (20) musste
sterben, weil Motorroller-Lenker
C. R. (35) betrunken war und
sie über den Haufen fuhr.
Ohne sich um sein sterbendes
Opfer zu kümmern, machte
sich C. R. feige aus dem Staub.
Jetzt stand R. vor dem Genfer
Polizeigericht.
Der
Saal war bis auf den letzten
Platz besetzt.
Tief unter die Haut gingen den
Anwesenden die Schilderungen
der schwer gezeichneten Eltern
der toten Sarah. Obwohl er gewaltig
gebechert hat, setzt sich der
Juwelier an jenem Abend im Februar
2004 auf seine Yamaha XB. Er
fährt rasant. Gegen 1.30
Uhr will Sarah auf dem Fussgängerstreifen
den Boulevard Georges-Favon überqueren.
R. sieht die junge Tänzerin
nicht, knallt mit brutaler Wucht
in das Mädchen und schleudert
es rund 20 m weit. Tödlich
verletzt bleibt es liegen.
Vor
Gericht sagt er: «Beim Aufprall
hörte ich einen entsetzlichen
Schrei. Ich wusste, ich hatte
sie getötet.» Statt
sich um die Schwerverletzte zu
kümmern, macht sich R. auf
dem stark beschädigten Töff
davon. Zu Hause telefoniert er
der Polizei und meldet seinen
Roller als gestohlen. Doch die
Beamten nehmen ihm diese unverfrorene
Lüge nicht ab und verhaften
ihn Stunden später.
«Die feige
und egoistische Haltung des Lenkers
bringt mich zum Kotzen»,
sagt Sarahs Vater zornig. Trotzdem
hat er aber keine Rache- und
Hassgefühle. Vor Gericht
zeigt R. endlich Reue. Er bedauert
und entschuldigt sich bei Sarahs
Eltern.
Bereits
vor zehn Jahren verursachte
er einen
Unfall - und log, dass seine
Mutter am Steuer gesessen sei.
Zwei Mal wurde ihm schon der
Fahrausweis entzogen. Die Staatsanwältin
fordert eine unbedingte zweijährige
Gefängnisstrafe. Das Urteil
folgt.
" Le
Matin " -
30 avril 2005
GENÈVE
Le chauffard qui a tué Sarah
Stragiotti jugé. L'homme
de 35 ans a pris la fuite sans
se préoccuper de sa victime,
jeune danseuse de 20 ans. Le
drame avait bouleversé la
ville
FRÉDÉRIC
JULLIARD
« Nous ne
sommes pas ici pour prêcher
la haine, mais pour qu'il affronte
ce qu'il a fait.» Hier, le
père de Sarah Stragiotti
a raconté au tribunal le
drame de février 2004, lorsqu'un
chauffard ivre a renversé sa
fille de 20 ans avec son scooter.
L'homme, un employé de commerce
de 35 ans, était jugé à Genève
pour homicide par négligence.
Le
soir de l'accident, C. rentrait
de boîte. Il
roulait trop vite et avec au moins
1,22? d'alcool dans le sang. Sarah
traversait la route lorsqu'il l'a
percutée de plein fouet.
Sans jeter un seul regard à sa
victime, encore vivante, il a alors
relevé son scooter, puis
l'a abandonné quelques rues
plus loin. Toujours sans s'occuper
de Sarah, il est revenu sur place
pour... chercher son portable,
tombé lors du choc! Ensuite,
il s'est enfui, puis a téléphoné à la
police pour raconter qu'on lui
avait volé son scooter!
C. a encore nié l'évidence
lors de deux interrogatoires avant
de craquer.
Le
drame avait bouleversé la ville: plus
de 2000 personnes s'étaient
rendues à l'enterrement
de la belle Sarah, qui entamait
une carrière de danseuse. «Ma
puce était très aimée,
parce qu'elle écoutait les
autres, raconte son père.
Depuis on s'accroche à la
vie, pour son petit frère.
Mais c'est dur. Il a 18 ans, et
quand je lui dis de penser à son
avenir, il me dit: «A quoi
bon? Si c'est pour mourir comme
ma soeur...»
Comment
expliquer l'attitude de C.? Il
a non seulement
fui, mais menti aux policiers avec
un calme impressionnant. «Je
n'ai jamais vu ça»,
assure un gendarme venu témoigner. «Tout
ce que je voulais, c'était
partir, tente d'expliquer l'accusé.
Je ne pouvais pas la regarder.
Je savais que je venais de tuer
quelqu'un... Je voulais me cacher,
disparaître. J'ai agi comme
un lâche, je n'ai pensé qu'à moi.» C.
assure qu'il a changé: il
ne conduit plus, et vient régulièrement
raconter ce qu'il a fait lors de
cours pour jeunes conducteurs.
Avocat
des parents de Sarah, Me Olivier
Boillat ne
croit pas à sa sincérité. «Il
a fait preuve d'une attitude froide
et calculée. Son comportement
est monstrueux.» Le ministère
public a requis 2 ans de prison
ferme. L'avocate de C. a demandé le
sursis. Le jugement tombera dans
les prochaines semaines.
" Tribune
de Genève " -
28 avril 2005
Sarah
avait 20 ans. Le 6 février
2004, à 1
h 30, un gros scooter renverse
la jeune danseuse sur un passage
de sécurité. Le
pilote prend la fuite et abandonne
sa victime agonisante. Un fait
divers qui a ému la
population genevoise. (ERIC
ALDAG)
Le
chauffard qui a tué Sarah confronté à ses
juges
JUSTICE
- La jeune danseuse avait été renversée
par un scootériste.
CATHERINE FOCAS
La
mort tragique de Sarah, 20 ans,
avait bouleversé la
ville. Plus de 2000 personnes avaient
assisté à son enterrement.
Un autel avait été érigé à l’endroit
où elle avait perdu la vie,
l’angle du boulevard Georges-Favon
et de la rue du Stand. Durant plusieurs
jours, des fleurs, des mots, des
bougies y avaient été déposés.
La jeune danseuse, fauchée
dans la fleur de l’âge
par un scootériste qui ne
lui a pas porté secours, était
belle, douée, et très
aimée. Vendredi, le procès
de l’homme qui a causé son
décès va débuter
devant le Tribunal de police. Le
chauffard sera jugé pour
homicide par négligence,
conduite en état d’ébriété et
violation de ses devoirs en cas
d’accident. Le Parquet a
convoqué onze témoins.
Retour à ce
6 février 2004 à 1
h 30 du matin. Sarah s’était
engagée sur le passage pour
piétons du boulevard Georges-Favon,
juste avant l’intersection
de la rue du Stand. C’est
là que la Yamaha de 500
cm3, pesant 300 kg, l’a percutée
de plein fouet. La jeune fille
a été projetée
vingt mètres plus loin.
Le conducteur, un homme de 36 ans,
n’a pas tenté de l’aider. «Il
est passé deux fois devant
elle sans la regarder», précise
l’avocat de la partie civile,
Me Olivier Boillat.
Selon
l’acte
d’accusation, il a relevé son
scooter puis, n’ayant pas
réussi à le faire
démarrer, il l’a poussé un
peu plus loin. Puis il a récupéré son
portable et s’est enfui en
courant vers le pont de la Coulouvrenière.
Quelques personnes ont tenté de
l’arrêter, sans succès.
C. est rentré chez lui.
Il a téléphoné à la
police pour déclarer que
son scooter lui avait été volé durant
la soirée.
Aucune trace de
freinage
Entre-temps,
sur les lieux du drame, Sarah
vivait
encore. Les témoins l’entendaient
respirer. L’ambulance est
arrivée rapidement. Selon
l’expertise légale,
il était déjà trop
tard, la jeune fille n’avait
plus aucune chance de s’en
sortir. Le choc avait été trop
violent. Aucune trace de freinage
sur la route. Il semble que le
prévenu ne l’ait tout
simplement pas vue. Il roulait
trop vite et il avait passablement
bu. Au moment de l’accident,
le feu était-il vert ou
rouge? La victime portait-elle
un walkman? Ces points n’ont
pas été éclaircis
durant l’instruction.
Le
chauffard risque quatre ans et
demi de réclusion
Sarah
avait la passion de la danse
depuis petite.
Danseuse professionnelle, elle
se produisait notamment au restaurant
la Mamounia dans un numéro
oriental. «Les parents de
la jeune femme ne vouent pas une
haine féroce à l’accusé,
indique Me Boillat, mais ils sont
dégoûtés par
la manière dont il s’est
comporté après l’accident.» L’avocat
ajoute qu’il risque une peine
maximale de quatre ans et demi
de réclusion.
Qui
est le prévenu?
Comment expliquer l’abandon
de la victime agonisante? «Son
attitude est inacceptable, convient
son avocate Me Anne Reiser. Mais
je crois que, sur le moment, il
ne pouvait pas accepter l’atroce
réalité. Il refusait
d’y faire face. Après
l’accident, il a erré quarante
minutes dans le quartier avant
de téléphoner à la
police et de mentir. C’est
seulement au poste, lorsqu’un
gendarme lui a dit: «Si vous
ne dites pas tout, vous l’aurez
sur la conscience toute votre vie»,
qu’il a pu se libérer.» Le
chauffard a fait plus d’un
mois de prison préventive.
A sa sortie, son père, joaillier,
avec qui il travaillait depuis
dix ans, lui a demandé de
chercher un autre emploi. «Ce
dernier a été remué par
la réaction de son fils
après l’accident.
Il a remis en question l’éducation
donnée à son enfant.
Une éducation qui ne lui
permettait apparemment pas d’affronter
la réalité. C’est
la raison pour laquelle il l’a
congédié. Depuis
l’accident, la vie de mon
client a été complètement
bouleversée.»
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