" Tribune de Genève " - 27 mai 2005

Deux ans de prison pour le chauffard qui a tué la danseuse

Verdict - Sous l’emprise de l’alcool, il avait fauché
la jeune fille sur un passage de sécurité.

 

Le scootériste qui a tué une jeune danseuse de 20 ans en février 2004 alors qu’il roulait sous l’emprise de l’alcool a été condamné à deux ans de prison ferme par le Tribunal de police de Genève. Il devra en outre verser environ 70 000 francs à la famille.

Dans un jugement communiqué hier, le tribunal a reconnu l’inculpé coupable d’homicide par négligence, d’infraction à la loi sur la circulation routière et de délit de fuite. L’accident avait choqué à Genève. Le scootériste, après avoir fauché la jeune danseuse au talent prometteur, avait pris la fuite. Dans leur verdict, les juges ont suivi la peine requise fin avril par le Ministère public du canton de Genève. Pour Me Anne Reiser, avocate du prévenu, «il s’agit d’une peine lourde, et l’impact médiatique de l’affaire n’y est sans doute pas étranger».

Lors de son procès, l’accusé avait reconnu avoir «agi comme un monstre». Après le choc, ayant compris qu’il avait tué la jeune fille, il s’était enfui avant d’appeler la police pour se plaindre du vol de son scooter. Ce n’est que tard dans la nuit, confronté à des preuves irréfutables, qu’il avait avoué être le conducteur du véhicule. Le soir de l’accident, l’inculpé revenait chez lui après une soirée bien arrosée.

Son alcoolémie affichait 1,2 à 2 pour mille, selon les experts. Il roulait trop vite. Il affirme n’avoir pas vu la jeune fille qui traversait le boulevard Georges Favon sur un passage piéton. Son avocate l’a décrit comme un enfant gâté, couvé par ses parents, qui n’avait jamais eu à faire face. (ats)

Palais de Justice

Tribunal de Police

Au centre, l'accusé. Derriere lui, l'avocat de la partie civile, Me Olivier Boillat. Au premier plan à droite, Me Anne Reiser, avocat de la défence. Dans le public, les nombreux amis de Sarah.

Dessin: Patrick Tondeux

" Tribune de Genève " - 30 avril 2005

Le chauffard qui a tué Sarah explique sa fuite

Procès Le Parquet demande deux ans de prison ferme.

CATHERINE FOCAS

 

Ils étaient tous là, ses parents, ses amis. Le Tribunal de police était plein de jeunes gens, hier, à l’occasion du procès qui retraçait la mort tragique de Sarah, 20 ans, fauchée par un chauffard une nuit de février 2004 à l’angle du boulevard George-Favon et de la rue du Stand (nos éditions de jeudi).

«Je travaille depuis cinq ans à la Brigade de la circulation routière, j’ai vécu six accidents mortels, mais je n’ai jamais vu une attitude pareille, dit un gendarme à la barre des témoins. La plupart des gens restent sur place effondrés, ils pleurent, ils tremblent. J’ai été frappé par le détachement du prévenu.» Ivre, ce dernier a percuté de plein fouet sa victime, une jeune danseuse, avec son scooter Yamaha pesant 300 kg. Il l’a abandonnée agonisante, mais il a pris la peine de déplacer son engin à 150 mètres de là. Puis il est revenu sur les lieux du drame pour chercher son natel.

«J’entendais un râle et une respiration, témoigne un homme qui s’était agenouillé à côté de la mourante. Je lui ai massé les pieds et je l’ai recouverte avec ma veste…» Le père de la défunte l’interrompt: «C’est toi qui as fait ça? Je te remercie.» Le témoin poursuit: «Le conducteur est revenu tranquillement chercher quelque chose. Il ne s’est jamais préoccupé de la victime. Lorsque quelqu’un l’a interpellé, il a pris la fuite.» Sur ce point, les témoignages effarés convergent.

C. 36 ans, a menti durant les deux premiers interrogatoires de la police. C’est seulement lors de sa troisième audition menée par le directeur du groupe d’enquête qu’il a enfin craqué. Le gendarme explique: «Je lui ai dit que, même sans aveux, j’avais suffisamment d’éléments pour le confondre. Mais pour lui, il était important de dire ce qu’il avait sur la conscience.» C’est ce qu’il a fait. L’accusé est-il un monstre froid? Hier, devant les juges, il a analysé son attitude: «Je n’ai aucun souvenir d’avoir vu traverser Sarah. Lorsque j’ai aperçu son corps, tout petit contre le mur, j’ai su que je l’avais tuée. Je ne pouvais pas la regarder. Je n’avais qu’une envie: fuir la réalité, me cacher, disparaître. J’ai menti très longtemps. Aujourd’hui, j’aurais préféré avoir eu les deux jambes arrachées lors de cet accident plutôt que d’avoir fui. Je vivrai toute ma vie avec la conscience d’avoir tué quelqu’un de magnifique.» Les parents dévastés Le père du prévenu, choqué par l’attitude de son fils, l’a licencié de l’entreprise familiale. «Pour un père, c’est agréable lorsqu’un fils continue son affaire. Mais j’ai compris que je devais le faire afin qu’il devienne un homme responsable.» Dévastés, les parents de la victime précisent qu’ils ne veulent pas faire de cette audience «le procès de la haine». «C. a de la chance d’avoir en face de lui deux parents qui ne tiennent pas à lui rendre la vie infernale, souligne le père, mais son attitude après l’accident m’a dégoûté.» Il parle tendrement de Sarah, «sa puce» attachante et tellement vivante. La mère évoque ce décès comme «une bombe» dans sa vie. Quant au jeune frère, il ne réussit pas à s’en remettre.

Jugement rendu ultérieurement Me Olivier Boillat, l’avocat de la partie civile, souligne la lâcheté du prévenu. A la défense, Me Anne Reiser, demande une peine avec sursis. Quant à la substitute, Brigitte Monti, elle, réclame deux ans de prison ferme. Le jugement sera rendu ultérieurement.

" Blick " - 2 mai 2005

GENF - Tänzerin von Betrunkenem totgefahren

Fredy Herren

 

Tänzerin Sarah Stragiotti (20) musste sterben, weil Motorroller-Lenker C. R. (35) betrunken war und sie über den Haufen fuhr. Ohne sich um sein sterbendes Opfer zu kümmern, machte sich C. R. feige aus dem Staub. Jetzt stand R. vor dem Genfer Polizeigericht.

Der Saal war bis auf den letzten Platz besetzt. Tief unter die Haut gingen den Anwesenden die Schilderungen der schwer gezeichneten Eltern der toten Sarah. Obwohl er gewaltig gebechert hat, setzt sich der Juwelier an jenem Abend im Februar 2004 auf seine Yamaha XB. Er fährt rasant. Gegen 1.30 Uhr will Sarah auf dem Fussgängerstreifen den Boulevard Georges-Favon überqueren. R. sieht die junge Tänzerin nicht, knallt mit brutaler Wucht in das Mädchen und schleudert es rund 20 m weit. Tödlich verletzt bleibt es liegen.

Vor Gericht sagt er: «Beim Aufprall hörte ich einen entsetzlichen Schrei. Ich wusste, ich hatte sie getötet.» Statt sich um die Schwerverletzte zu kümmern, macht sich R. auf dem stark beschädigten Töff davon. Zu Hause telefoniert er der Polizei und meldet seinen Roller als gestohlen. Doch die Beamten nehmen ihm diese unverfrorene Lüge nicht ab und verhaften ihn Stunden später.

«Die feige und egoistische Haltung des Lenkers bringt mich zum Kotzen», sagt Sarahs Vater zornig. Trotzdem hat er aber keine Rache- und Hassgefühle. Vor Gericht zeigt R. endlich Reue. Er bedauert und entschuldigt sich bei Sarahs Eltern.

Bereits vor zehn Jahren verursachte er einen Unfall - und log, dass seine Mutter am Steuer gesessen sei. Zwei Mal wurde ihm schon der Fahrausweis entzogen. Die Staatsanwältin fordert eine unbedingte zweijährige Gefängnisstrafe. Das Urteil folgt.

" Le Matin " - 30 avril 2005

GENÈVE Le chauffard qui a tué Sarah Stragiotti jugé. L'homme de 35 ans a pris la fuite sans se préoccuper de sa victime, jeune danseuse de 20 ans. Le drame avait bouleversé la ville

FRÉDÉRIC JULLIARD

 

« Nous ne sommes pas ici pour prêcher la haine, mais pour qu'il affronte ce qu'il a fait.» Hier, le père de Sarah Stragiotti a raconté au tribunal le drame de février 2004, lorsqu'un chauffard ivre a renversé sa fille de 20 ans avec son scooter. L'homme, un employé de commerce de 35 ans, était jugé à Genève pour homicide par négligence.

Le soir de l'accident, C. rentrait de boîte. Il roulait trop vite et avec au moins 1,22? d'alcool dans le sang. Sarah traversait la route lorsqu'il l'a percutée de plein fouet. Sans jeter un seul regard à sa victime, encore vivante, il a alors relevé son scooter, puis l'a abandonné quelques rues plus loin. Toujours sans s'occuper de Sarah, il est revenu sur place pour... chercher son portable, tombé lors du choc! Ensuite, il s'est enfui, puis a téléphoné à la police pour raconter qu'on lui avait volé son scooter! C. a encore nié l'évidence lors de deux interrogatoires avant de craquer.

Le drame avait bouleversé la ville: plus de 2000 personnes s'étaient rendues à l'enterrement de la belle Sarah, qui entamait une carrière de danseuse. «Ma puce était très aimée, parce qu'elle écoutait les autres, raconte son père. Depuis on s'accroche à la vie, pour son petit frère. Mais c'est dur. Il a 18 ans, et quand je lui dis de penser à son avenir, il me dit: «A quoi bon? Si c'est pour mourir comme ma soeur...»

Comment expliquer l'attitude de C.? Il a non seulement fui, mais menti aux policiers avec un calme impressionnant. «Je n'ai jamais vu ça», assure un gendarme venu témoigner. «Tout ce que je voulais, c'était partir, tente d'expliquer l'accusé. Je ne pouvais pas la regarder. Je savais que je venais de tuer quelqu'un... Je voulais me cacher, disparaître. J'ai agi comme un lâche, je n'ai pensé qu'à moi.» C. assure qu'il a changé: il ne conduit plus, et vient régulièrement raconter ce qu'il a fait lors de cours pour jeunes conducteurs.

Avocat des parents de Sarah, Me Olivier Boillat ne croit pas à sa sincérité. «Il a fait preuve d'une attitude froide et calculée. Son comportement est monstrueux.» Le ministère public a requis 2 ans de prison ferme. L'avocate de C. a demandé le sursis. Le jugement tombera dans les prochaines semaines.

" Tribune de Genève " - 28 avril 2005

Sarah avait 20 ans. Le 6 février 2004, à 1 h 30, un gros scooter renverse la jeune danseuse sur un passage de sécurité. Le pilote prend la fuite et abandonne sa victime agonisante. Un fait divers qui a ému la population genevoise. (ERIC ALDAG)

Le chauffard qui a tué Sarah confronté à ses juges

JUSTICE - La jeune danseuse avait été renversée par un scootériste.

CATHERINE FOCAS

 

La mort tragique de Sarah, 20 ans, avait bouleversé la ville. Plus de 2000 personnes avaient assisté à son enterrement. Un autel avait été érigé à l’endroit où elle avait perdu la vie, l’angle du boulevard Georges-Favon et de la rue du Stand. Durant plusieurs jours, des fleurs, des mots, des bougies y avaient été déposés. La jeune danseuse, fauchée dans la fleur de l’âge par un scootériste qui ne lui a pas porté secours, était belle, douée, et très aimée. Vendredi, le procès de l’homme qui a causé son décès va débuter devant le Tribunal de police. Le chauffard sera jugé pour homicide par négligence, conduite en état d’ébriété et violation de ses devoirs en cas d’accident. Le Parquet a convoqué onze témoins.

Retour à ce 6 février 2004 à 1 h 30 du matin. Sarah s’était engagée sur le passage pour piétons du boulevard Georges-Favon, juste avant l’intersection de la rue du Stand. C’est là que la Yamaha de 500 cm3, pesant 300 kg, l’a percutée de plein fouet. La jeune fille a été projetée vingt mètres plus loin. Le conducteur, un homme de 36 ans, n’a pas tenté de l’aider. «Il est passé deux fois devant elle sans la regarder», précise l’avocat de la partie civile, Me Olivier Boillat.

Selon l’acte d’accusation, il a relevé son scooter puis, n’ayant pas réussi à le faire démarrer, il l’a poussé un peu plus loin. Puis il a récupéré son portable et s’est enfui en courant vers le pont de la Coulouvrenière. Quelques personnes ont tenté de l’arrêter, sans succès. C. est rentré chez lui. Il a téléphoné à la police pour déclarer que son scooter lui avait été volé durant la soirée.

Aucune trace de freinage

Entre-temps, sur les lieux du drame, Sarah vivait encore. Les témoins l’entendaient respirer. L’ambulance est arrivée rapidement. Selon l’expertise légale, il était déjà trop tard, la jeune fille n’avait plus aucune chance de s’en sortir. Le choc avait été trop violent. Aucune trace de freinage sur la route. Il semble que le prévenu ne l’ait tout simplement pas vue. Il roulait trop vite et il avait passablement bu. Au moment de l’accident, le feu était-il vert ou rouge? La victime portait-elle un walkman? Ces points n’ont pas été éclaircis durant l’instruction.

Le chauffard risque quatre ans et demi de réclusion

Sarah avait la passion de la danse depuis petite. Danseuse professionnelle, elle se produisait notamment au restaurant la Mamounia dans un numéro oriental. «Les parents de la jeune femme ne vouent pas une haine féroce à l’accusé, indique Me Boillat, mais ils sont dégoûtés par la manière dont il s’est comporté après l’accident.» L’avocat ajoute qu’il risque une peine maximale de quatre ans et demi de réclusion.

Qui est le prévenu? Comment expliquer l’abandon de la victime agonisante? «Son attitude est inacceptable, convient son avocate Me Anne Reiser. Mais je crois que, sur le moment, il ne pouvait pas accepter l’atroce réalité. Il refusait d’y faire face. Après l’accident, il a erré quarante minutes dans le quartier avant de téléphoner à la police et de mentir. C’est seulement au poste, lorsqu’un gendarme lui a dit: «Si vous ne dites pas tout, vous l’aurez sur la conscience toute votre vie», qu’il a pu se libérer.» Le chauffard a fait plus d’un mois de prison préventive. A sa sortie, son père, joaillier, avec qui il travaillait depuis dix ans, lui a demandé de chercher un autre emploi. «Ce dernier a été remué par la réaction de son fils après l’accident. Il a remis en question l’éducation donnée à son enfant. Une éducation qui ne lui permettait apparemment pas d’affronter la réalité. C’est la raison pour laquelle il l’a congédié. Depuis l’accident, la vie de mon client a été complètement bouleversée.»

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