Le
jour le plus douloureux de toute ma vie
Mardi
soir 3 février, il était
minuit environ, j’étais déjà au
lit mais ma porte n’était pas
fermée. Sarah était au téléphone
avec son ami qu’elle venait de tomber
amoureuse. Un téléphone qui a
duré, 2 heures peut être (ils
avaient tant de choses à se dire). Ils
parlaient de tout et de rien ; bien sur j’entendais
ce que disait Sarah. Elle parlait de sa vie
professionnelle, de la danse avec tant de passion.
Elle disait que si un jour elle devenait riche
et célèbre, elle voudrait avec
cet argent, aider la ou il y avait à aider.
Qu’il y avait trop de misère dans
ce monde et qu’il y avait tant à faire.
Ils sont passés par plusieurs sujets
et même celui de la mort. Sarah aurait
aimé donner ses organes et a parlé de
se faire incinérer. Bref, une discussion
comme n’importe quels adolescents bien
l’un avec l’autre peuvent
en avoir.
Le
mercredi matin, il m’était impossible
de me lever de mon lit, j’avais une douleur
atroce dans le dos et je devais rester allongée
sur le dos en attendant SOS médecin. Dans
la journée à trois reprises le
docteur est venu et rien n’y faisait. La
douleur devenait impossible et on m’a transporté aux
urgences de l’hôpital cantonal dans
la soirée. Après plusieurs heures
d’analyses et d’attente aussi j’ai
enfin trouvé la chambre vers minuit. Mais
je n’arrivais pas à dormir de la
nuit car la douleur était toujours aussi
forte malgré les nombreux médicaments.
J’avais un déplacement au niveau
des cervicales. Chose qui peut arriver en dormant
en faisant un faux mouvement. Le soir d’avant
j’étais en pleine forme. Je n’avais
jamais été hospitalisée
de toute ma vie, à part pour mettre mes
2 enfants au monde. Le lendemain soir, afin vers
23 heures j’ai trouvé un sommeil
profond grâce à la morphine.
Vers
3h du matin on m’a réveillé,
4 médecins à coté de moi
me demandant si j’étais bien Madame
Stragiotti et la maman de Sarah. J’ai affirmée.
Ils m’ont demandé de les suivre,
je ne pouvais pas. Ils ont pousse mon lit dans
une chambre privée et la tout en se regardant
un long moment, comme pour gagner du temps …. « Votre
fille a eu un accident » D’un coup,
j’étais bien réveillée
et leur demandais « qu’est-ce qu’elle
a ? …. Silence encore et un docteur enfin
me dit : «On a fait tout ce qu’on
a pu »
J’avais
compris et ce que qu’on venait me dire était
comme une bombe. Je me suis mis à hurler « Mon
Dieu NONNNN …. Pas elle !!!!! » me
tordant dans tous les sens, mon dos, la douleur,
et cette bombe …..
La
morphine à « dose de cheval » m’a
calmé. Je ne me souviens que de peu de
choses du reste de cette nuit et de la journée
qui ont suivies. Un policier m’avait demandé si
on pouvait avertir mon fils à la maison.
J’ai dit non surtout pas ! Il est seul à la
maison car son papa travaille de nuit et ne rentre
que vers 7h du matin, il sera assez tôt à ce
moment la. Dans la matinée je me suis
trouvée devant Sarah. Je ne sais pas comment
je suis arrivée là, ni comment était
cette pièce… encore cet effet de
drogue … mais j’ai si bien en souvenir
son visage d’ange qui dormait paisiblement.
Sans mots, juste une main sur son front, j’ai
pu lui dire au revoir.
C’était
le vendredi 6 février ! Une date que
jamais je n’oublierai ! J’ai perdu
une partie de moi même.
Le
samedi 7 février je suis sortie
de l’hôpital vers midi. Ils ne
m’ont rien trouvé, juste ce faux
mouvement qui a enflammé tout mon dos
et le bras droit. Pourquoi est-ce arrivé juste à ce
moment là ? Pourquoi ce fameux jeudi
soir ne pouvais-je pas être avec elle
comme tous les soirs depuis ces 2 ans où je
la conduisais ? Pourquoi le conducteur du scooter
ne l’a t’il pas vue ? La rue était
déserte et si large, si bien éclairée.
Sarah était sur ce passage à piétons à un
mètre cinquante du trottoir, il aurait
suffit d’une seconde de plus et elle
aurait été à l’abri
! Le destin ? Il a voulu, que ce soir là,
elle soit seule dans la rue. Serait ce celà la
seule explication ? Toutes ces questions resteront à jamais
gravées en moi.
La
date de la cérémonie était
fixée le mercredi 11 février. J’étais
contente d’avoir tous ces médicaments
pour, d’un coté me soulager de la
douleur au dos qui était toujours aussi
insupportable et de l’autre avoir les tranquillisants
pour faire face aux nombreux coups de téléphone
et visites chez moi. Ca n’arrêtait
pas car les médias avaient fait la une
et beaucoup de Romands et tous les Genevois en
avaient entendu parler. Ils étaient tous
sous le choc. Sarah avait beaucoup d’amis,
de connaissances, beaucoup d'admirateurs. Fleurs,
photos et messages personnels s'amoncellent sur
le lieu du drame à l'angle du boulevard
Georges-Favon et de la rue du Stand. Le dimanche,
une marche en blanc est organisée
par ses amis.
Le
mercredi 11 février, dès
tôt le matin, la famille est arrivée
petit à petit. Il fallait expliquer
encore et encore ce qui était arrivé,
personne ne voulait y croire. C’était
une journée de stress terrible mais
heureusement, j’avais mes médicaments.
Vers midi nous nous sommes tous rendus sur
le lieu de l'accident, la famille avait envie
de voir tous ces messages de témoignages
et cet immense tas de fleurs. Le temps a passé vite
et il était l’heure de se rendre à l’église
pour quinze heures au centre ville. J’ai
bien vu que l’église était
déjà bondée, car nous
sommes arrivés à la dernière
limite. Je suis entrée par une petite
porte de coté comme « une zombie » et
j’ai pris place à coté de
mon fils et de mon mari au premier
rang.
Je
crois que j’étais là sans
y être. En face de moi, l’autel avec
le cercueil de Sarah et autour, de nombreuses
couronnes et gerbes. La messe était sous
l'égide de l'abbé Gérard
Barone, l'ancien aumônier de l'Hôpital
cantonal. Un homme extraordinaire qui est un
ami de longue date et qui a aussi célébré notre
mariage et les deux baptêmes des enfants.
Il a débuté la messe par un verset
du coran car il a vu qu’avec les chrétiens,
beaucoup de musulmans et beaucoup de juifs avaient
en effet répondu présent. Sarah,
aux diverses facettes mêlait plusieurs
cultures. Il nous parlait d’elle comme
si elle était présente parmi nous,
ce que j’avais senti dès que j’avais
passé la porte de l’église.
Et je n’étais pas la seule ! Beaucoup
de gens me témoigneront pareil plus tard.
Gerard Barone nous disait que nous étions
là un peu comme "un œil qui
pleure et l’autre qui rit. Sarah aurait
surement aimé qu'en sortant d'ici vous
fassiez la fête" Il avait raison !!
C'était tout à fait elle ça
!! Ils sont tous arrivés en pleurant et à peine
la cérémonie avait-elle débutée
qu’ils étaient moins tristes.
Une
amie à Sarah s’est mise au micro
et a lu le poème que Sarah avait écrit "Une
Lueur d’Espoir". Sarah avait rédigé ce
poème prémonitoire le 14 octobre
2003. C'est Yannick, son petit frère de
17 ans, qui a mis la main dessus. Le poème était
contenu, avec plusieurs autres, dans un porte-documents
rangé dans la chambre de sa soeur. "Incroyable
ce qu'elle était secrète, Sarah...
Mais où elle a été chercher
tous ces mots?" Ce fut le premier motif
de stupéfaction face au souvenir d'une
soeur de 19 ans qui s'exprimait avec des termes
simples, directs, contemporains. A la lecture
d'Une Lueur d'espoir, toute l’église
a été sidérée. On
aurait dit qu'elle racontait son départ
et on trouvait dans ce poème comme un
brin de réconfort.
Plus
tard, le curé a laissé libre cours à la
cérémonie car beaucoup de jeunes
avaient préparé des poèmes
et des chants. C’était si émouvant
! Magique même ! En même temps la
foule étaient priée de bien vouloir
déposer ses fleurs en silence vers le
cercueil et par centaines les gens ont défilé et
défilé. Il y avait (on me l’a
dit plus tard) plus de 2'500 personnes de tout
age, toutes couches sociales et de toutes religions.
Pendant
que le cercueil était porté vers
la porte de sortie tout le mode s’est mis à applaudir,
comme pour applaudir le dernier spectacle à Sarah.
On aurait dit que c’était elle qui
avait dirigé sa propre cérémonie.
Une cérémonie qui dégageait
tant d’amour et de paix. Nous sommes sortis
derrière elle et une autre foule nous
attendait dehors, une foule qui n’avait
malheureusement plus de place à l’intérieur,
mais qui tenait à rester là, à nous
attendre dans le froid. Les gens se sont empressés
de nous embrasser et de nous souhaiter leurs
condoléances et cela environ trois
heures durant.
C’était
le 11 février 2004. Sarah a encore fait
là un geste que je pense personne n'oubliera
jamais.
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